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Société de l'information : Limites et frontières émergentes
Posté par Michel Elie le 7/11/2005 7:58:22 (5687 lectures)

L’homme tout en rêvant d’unité, d’équité, de partage et d’un monde sans frontières a une tendance naturelle à vouloir quadriller ses champs d’activité pour se différencier, se regrouper, se protéger, délimiter un territoire, acquérir un pouvoir ; champ politique, culturel, linguistique, commercial, professionnel, social, autant de champs qu’il quadrille de limites, souvent instrumentées en frontières constituant des obstacles dont le franchissement correspond à un coût : une frontière (1) peut être vue comme une limite« qui exprime ou révèle l'exercice d'un pouvoir » ; pouvoir des états pour les frontières politiques ou économiques, des corporations pour les frontières professionnelles, des individus pour les droits de propriété foncière ou intellectuelle…


Instrument de protection, d’ordre et de pouvoir, la frontière est aussi un instrument de sélection : le coût de franchissement de la frontière est bien différent selon les caractéristiques de l’individu (ou de la marchandise) qui veut la franchir : certains bénéficient de « laisser passer », de visas, de sauf conduits. A ce franchissement sont fixées des limites qualitatives ou quantitatives (quota). Avec le développement de moyens de contrôle plus sophistiqués (développement des moyens de contrôle biométriques, par exemple), cette fonction de sélection a tendance à croître : on rend la frontière plus transparente pour les uns et plus infranchissable pour les autres. Franchir la frontière devient pour certains un objectif de vie majeur : tel sans-papier africain en France depuis plusieurs années dit être passé de l’enfer au purgatoire après avoir franchi la frontière géographique vers la France. Il ne sera au paradis qu’une fois régularisé (ou décédé).
Si certaines frontières politiques ou commerciales s’estompent, d’autres se renforcent : ainsi les propriétaires clôturent davantage leurs terrains, les créateurs cherchent à renforcer la protection leurs œuvres, de nouvelles règles s’établissent pour matérialiser de nouvelles limites (droit à l’image…).

En dehors des frontières consciemment construites, apparaissent aussi des frontières non directement construites par l’homme mais qui résultent des pressions qu’entretiennent les inégalités, les différences de rythme d’évolution, les pouvoirs. On les désigne désormais par les termes de « fossé » ou « fracture » : fractures sociales, fractures technologiques … Dans le domaine des nouvelles technologies la fracture numérique sépare, selon une vision un peu caricaturale, infos-riches et info-pauvres, les premiers bénéficiant d’informations et de moyens de communication leur permettant de renforcer leur pouvoir sur les seconds. L’importance de ces frontières souterraines peut se révéler à l’occasion d’un fait exceptionnel : le cyclone Katrina aux Etats Unis a été révélateur d’une fracture sociale qui a permis à certains, devant le sinistre annoncé, de quitter la ville alors que d’autres, en grande majorité noirs et pauvres, ne le pouvaient pas ; la fracture numérique pourrait se révéler à l’occasion d’évènements pour lesquels la disponibilité rapide d’un certain type d’information serait vital.

L’internet et les NTIC favorisent les regroupements communautaires et l’émergence de nouvelles frontières dans les espaces virtuels. Des frontières d’usage ou d’appartenance. Ils permettent à des groupes d’intérêt de mieux s’identifier, se connaître et s’organiser, de constituer des groupes de pression plus efficaces : des opposants politiques à un régime politique aux diasporas ou aux personnes qui se reconnaissent dans une culture minoritaire, des supporters d’un club de football aux membres d’une secte religieuse, des défenseurs d’une cause, logiciel libre ou indiens du Chiapas, aux passionnés d’un sujet, botanique, châteaux Cathares ou astrologie, l’internet favorise la constitution de communautés virtuelles. Il est parfois difficile de s’introduire dans leurs groupes discussion où ces communautés s’expriment et de s’y faire admettre : chacune développe des raisonnements, un vocabulaire, un imaginaire qui leur sont propres.

Face à ce monde morcelé en territoires en tout genre, se développe la vision d’un monde sans frontières, sans barrières, équitable, dans lequel chaque individu serait libre de se déplacer à sa guise et disposerait équitablement des moyens et des ressources du monde : ce sont les très nombreuses associations ou collectifs qui s’affichent « sans frontières » : médecins, ingénieurs, pharmaciens, reporters, éducation affichant ainsi le désir d'agir sans frontière et sans préjugé dans un monde avec frontières pour la cause qu’ils défendent. Se rattache à cette vision les qualificatifs « équitables », « pour tous » : commerce, tourisme, développement. Cette vision peut être portée par des courants de pensée très divers, des anarchistes aux ultralibéraux.

Ainsi notre univers, malgré des rêves d’abolition des frontières, est-il toujours sillonné, au delà des frontières traditionnelles toujours présentes en réalité ou dans les mémoires d’où elles peuvent resurgir sous l’effet des circonstances, d’une multiplicité de nouvelles frontières émergentes.

Michel Elie

(1) Le groupe « Frontière » distingue dans l’article collectif « La frontière, un objet spatial en mutation » plusieurs « formes émergentes de frontières» :
des frontières réticulaires
des frontières gestionnaires
de frontières sociales
Il se réfère à une progressivité dans les termes, de la notion de limite, «qui circonscrit deux ensembles spatiaux dont on souligne les différences», à celle de discontinuité qui suppose des structures d'organisation de l'espace, et enfin à celle de frontière, « qui exprime ou révèle l'exercice d'un pouvoir »

 
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